Foire aux questions

Qu’est-ce que les études religieuses?

Les études religieuses sont un champ d’enseignement et de recherche qui étudie de manière critique les religions et l’expérience humaine du croire, selon trois approches distinctes mais complémentaires : sciences des religions, théologie et spiritualité.

Nous cherchons à comprendre de manière systémique les visions du monde générées par les expériences religieuses et/ou spirituelles. Pourquoi et comment les croyants de diverses traditions religieuses vivent-ils leur foi? Comment leur foi nourrit-elle leur quête de sens et leur agir?

Extrait de l’énoncé de mission :

« L’Institut d’études religieuses (IÉR) de l’Université de Montréal a pour mission l’étude des religions et de l’expérience croyante, passées et actuelles, dans leur diversité et dans leur complexité. Il ne s’agit pas seulement de décrire, mais surtout d’analyser et d’interpréter de manière critique l’héritage religieux et spirituel de l’humanité.

« Pour ce faire, dans l’optique de la construction/déconstruction d’un savoir universitaire, l’IÉR conjugue, de façon complémentaire et synergique, l’apport des sciences des religions, de la théologie et des études en spiritualité. Ces trois champs disciplinaires adoptent des postures de recherche spécifiques dont les résultats se fécondent mutuellement.

« À l’IÉR, ces trois disciplines comportent une sensibilité herméneutique, discursive et contextuelle, avec le souci des retombées pratiques quant à la transformation du monde. »

Quelle différence y a-t-il entre la théologie et les sciences des religions?

C'est une question complexe qui peut recevoir plusieurs réponses (selon le professeur qui tentera d'y répondre!) Voici donc une réponse parmi d'autres.

Les sciences des religions, comme leur nom l'indique, ont pour objet les traditions religieuses de l'humanité, qu'elles cherchent à comprendre à fond, avec leurs multiples facettes, en recourant à plusieurs angles d'analyse : anthropologie, sociologie, histoire, psychanalyse, études culturelles, philosophie, etc. Il convient d'étudier les religions dans leur histoire, dans leurs textes fondateurs, dans leurs pratiques, dans leur actualité, etc.

La théologie, « discours rationnel et raisonné sur Dieu » (selon l'étymologie), a pour objet d'étude la relation entre les humains et Dieu, mais aussi le monde vu à travers le prisme de la foi.

Autrement dit, pour reprendre une formule traditionnelle, la théologie est la foi en quête d'intelligence, ainsi qu'une réflexion, à la fois rationnelle et croyante, sur le monde (la culture, l'éthique, la politique, l'histoire) à la lumière de la foi. Comment dire Dieu aujourd'hui? Comment lire le monde? Chaque religion développe sa propre théologie, avec ses procédures propres. La tradition théologique de l'IÉR est chrétienne, tout en étant ouverte aux théologies des autres religions.

D'autres diront aussi que, par méthode, la théologie regarde la foi « de l'intérieur », tandis que les sciences des religions regardent les religions « de l'extérieur ». Mais les unes comme l'autre proposent une démarche rationnelle, plurielle, et recherchent un équilibre entre une nécessaire objectivité scientifique et la prise en compte de la subjectivité du chercheur.

Sciences des religions et théologie sont donc semblables et différentes. Elles ont des postures différentes et, si elles se passionnent toutes deux pour l'expérience du croire, elles n'ont pas tout à fait le même objet. Elles ont toutefois intérêt à dialoguer. Les sciences des religions peuvent tenir compte des synthèses théologiques proposées par chaque religion au cours des âges. La théologie intègre à sa réflexion les analyses des sciences des religions.

Faut-il être croyant pour étudier la théologie?

Une autre question complexe qui peut recevoir plusieurs réponses.

On pourrait répondre d'une manière connue et humoristique : « Ce n'est pas nécessaire, mais ça
aide! »

Plus sérieusement, étudier en théologie c'est se mettre en contact avec la parole, les discours de croyants et de croyantes d'aujourd'hui et d'hier. On peut comprendre ce qu'ils disent en les écoutant ou en les lisant, mais on ira encore plus loin en comprenant ces paroles en dialogue avec sa propre expérience croyante. Autrement dit, étudier la théologie permet d'établir une corrélation (jamais parfaite!) entre un discours déjà structuré et une expérience dont on est porteur.

Cela dit, la foi dont on parle ici n'est pas nécessairement adhésion au credo d'une Église. Être croyant, d'un point de vue religieux, signifie essentiellement mettre sa confiance dans un autre que soi et accepter, au besoin et selon les circonstances, de vivre cette confiance en communion avec d'autres.

D'une certaine manière, la théologie est une enquête critique à propos d'une expérience spirituelle, en partie institutionnalisée, que l'on partage à divers titres. Par exemple, si je m'intéresse à la foi chrétienne d'une manière théologique, c'est que le Dieu de Jésus fait sens pour moi, ou tout au moins m'interroge - quelle que soit par ailleurs mon adhésion à l'institution (Église) qui propose cette vision de Dieu, ou mes réticences envers elle.

Par ailleurs, je peux m'intéresser à la théologie d'une autre religion que la mienne, ou, si je suis agnostique, voire athée, je peux vouloir comprendre la rationalité d'une foi que je ne partage pas.

Est-ce encore utile d’étudier en théologie étant donné la décroissance de la pratique religieuse?

La pratique religieuse comporte des volets très nombreux, qui ne se réduisent pas à la « pratique » rituelle. Un discours public clame que « les églises sont vides ». Or la sécularisation est un phénomène variable (même au Québec), beaucoup moins fort ailleurs en occident, et pour ainsi dire absent en d’autres parties du monde.

Malgré ce discours et l’état des choses qu’il reflète en partie, les questions spirituelles abondent et les quêtes chrétiennes demeurent : débats publics sur la religion, spéculations sur Dieu, questions sur l’origine et la vie, enjeux éthiques, et ainsi de suite.

La théologie comporte en outre l’inestimable et rare avantage de procurer une intelligence des questions plongeant loin dans l’histoire, en tant que l’une des plus anciennes disciplines universitaires.

À ce titre, elle initie à la réflexion fondamentale, au même titre que le droit, la philosophie ou l’histoire. Pour comprendre le savoir occidental et ses racines, la théologie est d’un grand secours.

Et quelqu’un a toujours la liberté, même si cela peut paraître à contrecourant, d’investiguer un savoir qui lui permettra de structurer sa propre expérience croyante, ou d’accompagner d’autres personnes ou groupes, dans cette démarche.